Parole au préfacier : Xavier Emmanuelli, fondateur du Samusocial

 

Après mon bac, j’ai eu une grande tentation, et hélas, j’y ai résisté. Je voulais être dessinateur de bandes dessinées.

Au début de mes études de médecine, il s’est créé un journal spécialisé en bande dessinée, Pilote, qui s’adressait à un large public. Cette nouvelle culture, avec la Nouvelle Vague au cinéma, le langage des films et le découpage des dessins de la bande dessinée se sont rencontrés et une vraie grammaire, une sémantique a vu le jour. Francis Lacassin, proche de la Nouvelle Vague, a créé le concept de « neuvième art ». La bande dessinée trouve alors ses lettres de noblesse, en devenant une vraie expression artistique.

Je n’avais qu’un petit talent. Il aurait fallu avoir l’audace d’acquérir la culture et la technique, autrement dit se consacrer par des études sérieuses à l’apprentissage de la bande dessinée. C’était la bonne période, mais pour cela, il aurait fallu choisir et quitter le cycle des études de médecine. Je ne l’ai pas fait.

Il me reste un amour caché pour cette expression, pour ces dessins, ces mises en scène qui disent tout. Si les bulles par lesquelles les personnages s’expriment ne s’appellent plus phylactères, c’est quand même pour moi un art sacré. Il est populaire car il a trouvé son « Umberto Eco » depuis longtemps, autrement dit, sa sémantique mais surtout sa sémiologie, ses scénarios et ses mises en scène.

 

 

Quand Aude Massot m’a fait part de son projet de dessiner l’histoire des secours d’urgence sociale par son projet 115, j’ai évidemment été enchanté. J’ai répondu le plus loyalement que je pouvais à toutes les questions qu’elle me posait. Je savais qu’elle ne prendrait pas mes propos pour paroles d’évangile, qu’elle saurait mettre mes affirmations en perspective et que j’aurai alors son point de vue subjectif d’artiste. Elle ferait une enquête sérieuse auprès d’interlocuteurs divers car le monde du social et de l’humanitaire est, quoi que l’on en dise, idéologique. Chacun possède son image de la lutte contre l’exclusion, chacun construit son discours et ses outils, chacun est concurrent de l’autre. Pour ce qui concerne l’exclusion, je me demandais comment elle allait réussir, non seulement à synthétiser un discours complexe, mais surtout le traduire en images et récits. Ce ne serait pas évident. Au début du Samusocial, lorsque j’expliquais à des journalistes ou des politiques, pendant des heures parfois, l’exclusion, on me répondait au bout de ma démonstration : « Oui mais concrètement… » Concrètement, c’est ce qu’a fait Aude Massot dans son ouvrage. Elle dit l’essentiel de ce qu’elle a vu et ressenti. C’est un reportage réalisé par une dessinatrice engagée. Elle dessine avec talent, c’est ce que je crois, et a une vraie culture dans ce domaine. Elle ne dessine que ce qu’elle a vu. Personne n’a pu lui raconter d’histoires, elle est libre dans ce talent de reporter. C’est pourquoi j’affirme que sa bande dessinée représente un matériel pédagogique irremplaçable, divertissant certes, mais réel et sûr. Elle sera, j’en suis persuadé, un ouvrage de référence pour les équipes médico-sociales qui travaillent sur le terrain.

 

Xavier Emmanuelli

 

Anesthésiste-réanimateur, Xavier Emmanuelli agit dans les domaines de l’humanitaire (Médecins sans frontières), de la politique (secrétaire d’État chargé de l’Action humanitaire d’urgence) et de la santé (chef des Maisons d’arrêt de Fleury Mérogis, chef du service qu’il crée Souffrance psychique et précarité dans les Hôpitaux de Saint Maurice…). Il fonde également des structures pour développer l’accompagnement médicopsychosocial des personnes en situation de rue (Samusocial de Paris et Samusocial International) et des personnes âgées isolées (Les Transmetteurs). Ces structures et en particulier le Samusocial, sont créées sur le modèle du SAMU médical, un service qui va vers les personnes en détresse.

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